Création sonore, Entretien

L’Ombre du zèbre n’a pas de rayures

« Nous voyons avec nos oreilles et nous entendons avec nos yeux. »

Kurt Schwitters

Cette émission-débat fut proposée  en direct et en public par le module expérimental de l’acsr pour le festival « Radiophon’ic 2003 » en compagnie de Nicolas Frize.

Entre 2002 et 2005, au sein de l’atelier de création sonore radiophonique existait un module expérimentant le nouvel esprit de l’époque de cet Atelier – en oeuvre dans la conception et la réalisation de Radiophon’ic.

Il a paru important de réserver un moment pour expliciter la philosophie de ce module et évoquer sa pratique. Il a été choisi de le faire dans un contexte de dialogue critique avec Nicolas Frize, en direct, et en présence d’un public qui avait la possibilité d’intervenir.

C’est l’objet de cette émission. Celle-ci sera rythmée par l’écoute de quelques essais réalisés dans le cadre du module.

Nicolas Frize, compositeur français, mène depuis une vingtaine d’années une recherche au triple niveau de l’interprétation, de l’instrumentation et des lieux/circonstances. Depuis 1975, il dirige l’association « Les Musiques de la Boulangère » qui travaille à créer et à promouvoir la musique contemporaine dans des lieux de la vie quotidienne et du travail. Il a reçu en 1995 le grand prix national de l’innovation culturelle. Il a publié plusieurs essais et articles.

Pourquoi Nicolas Frize (que nous remercions d’avoir accepté notre invitation) ? Parce que l’équipe du module estimait que Nicolas Frize a traversé et traverse les problématiques qui sont les siennes et que son expérience ainsi que ses « solutions » lui ont permis  de progresser.

L’émission s’est déroulée en trois étapes :

1) devenir-atelier : « La notion de processus implique de renoncer à l’illusion de la propriété et de la domestication du réel sur laquelle repose en grande partie la conception traditionnelle de l’oeuvre d’art en occident. » – John Cage

Un atelier comme processus de recherche radiophonique fondamentale : au-delà de l’animation, de la musique, du théâtre, du spectacle, de la mode, du format, du genre, sans contrainte productiviste : la mise à mort de la radio institution d’État et de la radio-marchandise, condition d’une radio développant ses potentialités spécifiques.

2) magie de la création sonore radiophonique – « Le jeu radiophonique est fait de sortilèges aussi complexes que le jeu littéraire car il compte aussi avec les mots ; et il est fait de sortilèges aussi subtils que le jeu cinématographique, car il évoque un invisible visuel. La radio, c’est bien la coquille à notre oreille : à demi-mot elle nous offre l’inépuisable ressource du monde ; et en sourdine elle déchaîne l’imaginaire. Si la radio, pauvre en moyens, est à ce point riche en pouvoirs, comment se fait-il que tant de bons esprits s’en détournent ? » – Pierre Schaeffer

Passer à travers les écrans/miroirs des sonorités dominantes, sociologiquement aussi dominantes qu’arbitraires : faire un travail sur l’ego, le corps, la perception, l’interprétation, la composition… : l’écoute et la construction sonore comme émancipation et jouissance.

3) art et politique« Il vaut mieux suivre le bon chemin en boitant que le mauvais d’un pas ferme. » – Proverbe bruxellois

La radio de création est polarisée par la dimension poétique, la radio quotidienne est polarisée par la dimension politique : ces deux dimensions sont largement développées lors de Radiophon’ic.

 

La poésie radiophonique peut-elle être politique ? La radio politique peut-elle être poétique ?

Avec le soutien de
Echevinat de la culture de la Ville de Bruxelles FACR de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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